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La conversation: pourquoi vous devez vous y mettre

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C’est décidé, vous vous mettez au russe! (ou autre, c’est comme vous le sentez!).

Livres, applications sur le smartphone, CD/DVD, cours en classe, cours sur Skype, Le choix des ressources est vaste. Et les méthodes et objectifs le sont encore plus! Vous allez apprendre du vocabulaire, des phrases type, un peu de grammaire pour faire tenir tout ça ensemble, et faire souvent des exercices d’écoute et de prononciation. Donc on est bon: lire, écrire, parler, écouter, tout y est.

Vraiment? En fait non, pas vraiment.

Il nous manque un élément essentiel et souvent oublié: la conversation.

Pourquoi la conversation est-elle si importante?

Si les exercices de parole (répéter une phrase) ou d’écoute (écrire ce que l’on entend) sont excellents pour développer notre compréhension et notre prononciation, ils ne prennent pas en compte le contexte de la conversation.

Lorsque vous discutez avec quelqu’un, ou si vous participez à une discussion plus large dans un groupe, tout va vite. Il faut être capable de comprendre rapidement ce qui vient d’être dit, et de formuler une réponse sans trop hésiter. Dans le cas d’une discussion en groupe, si vous n’êtes pas assez rapide, votre phrase aura toujours un train de retard et vous ne pourrez pas placer un mot. Si vous discutez avec une seule personne, et si ce n’est pas dans un but clair d’apprentissage, vous risquez de perdre rapidement son attention.

Aussi, en complément des cours et exercices, la conversation est indispensable!

Les deux types de conversations

Une conversation comme support d’apprentissage

Typiquement, dans une salle de classe, le professeur va encourager le dialogue entre les élèves à travers différents exercices dans le but de renforcer le langage appris et créer un véritable échange.

C’est un excellent exercice et permet de mettre les élèves plus à l’aise avec l’utilisation de la langue à l’oral.

Bien qu’il se limite souvent (ou que les élèves se limitent) à l’usage du vocabulaire utilisé récemment puisque justement le but est de l’assimiler, ça reste un excellent exercice pour pratiquer l’échange.

Dans un monde idéal, si vous n’apprenez pas une langue dans un cours, il serait particulièrement utile de se mettre d’accord avec votre contact d’échange – autre apprenant avec qui vous pratiquez via téléphone, skype etc – de choisir ne serait-ce qu’un thème pour chaque conversation. Ainsi, plutôt que de répéter des banalités, ou de rester dans ce qui vous intéresse, vous seriez confronté à de nouveaux sujets et vous seriez bien obligés d’utiliser des mots et expressions qui ne sortent pas encore naturellement.

De même, si vous pratiquez de temps en temps avec un prof en ligne, juste pour la conversation, si le prof ne le fait pas, proposez des thèmes, pourquoi pas en parallèle de vos leçons. Vous apprenez par vous-même mais que ce soit avec des cours en ligne, un  livre ou des applications, il y a toujours des thèmes.

Par exemple, si le chapitre en cours vous apprend à décrire l’apparence physique, demandez à orienter la conversation sur ce sujet. Votre prof en ligne peut même préparer deux ou trois lancements de conversation pour ne pas tomber à cours d’idées.

progresser en conversation

Une conversation comme vecteur d’acquisition

Il s’agit ici de la conversation pour progresser. Il n’est plus simplement question de pratiquer ce que vous avez appris pour que ça rentre, mais d’étendre votre vocabulaire à travers la conversation!

Le i+1

L’hypothèse de l’input (input hypothesis) proposée par Krashen (1985) avance que pour que l’acquisition puisse prendre place, l’apprenant doit être exposé à des données dans la langue cible qui dépassent légèrement son niveau actuel.

Comprenez par là: pour progresser, il vous faut un peu de défi. i, c’est votre niveau actuel; i+1 c’est le niveau juste au dessus (pour rappel, voir l’article sur l’apprentissage en spirale).

Je rejoins ici l’idée de planifier un peu vos échanges avec un prof en ligne. N’ayez pas pour seul objectif de “parler avec quelqu’un” mais bien de progresser. La conversation idéale commencerait par des échanges à votre niveau et utilisant le vocabulaire étudié afin de le pratiquer, puis évoluerait vers un échange plus poussé qui donne un peu de fil à retordre à votre cerveau, mais reste abordable.

La clarification

De son côté, Long (1996) développe l’hypothèse de Krashen en avançant que pour que les données qui se situent légèrement au-dessus du niveau de compréhension du locuteur non natif puissent être acquises, il est nécessaire qu’ait lieu un processus de négociation du sens entre les deux locuteurs. Ce processus est rendu possible à travers une interaction de nature conversationnelle incluant des opportunités de réparation et de clarification du sens des énoncés.

Comprenez par là: lancez-vous, faites des erreurs, vous n’en retiendrez que mieux l’usage correct de votre langue cible.

Très souvent, lorsque vous parlez avec un locuteur natif, ou de niveau avancé dans votre langue cible, cette personne va naturellement vous reprendre en reformulant la phrase que vous venez de dire, mais en version plus correcte. C’est une façon pour le locuteur natif de vérifier qu’il a bien compris.

Par exemple

I’m here for two months and I will go back to France tomorrow.

-Oh you’ve been here for two months and you’re leaving tomorrow! Oh that’s a shame….blah blah blah

Ici l’interlocuteur à naturellement corrigé les temps utilisés pour exprimer une durée qui a commencé dans le passé ainsi que le futur proche. Et c’est génial! Quand c’est le cas, n’hésitez pas à simplement poser une question de compréhension pour relever la correction faite. Comme je vous l’explique dans l’article pour retenir du vocabulaire, c’est ce que vous apprenez dans l’action qui va le plus vous marquer.

La culture et l’usage

Un autre aspect bénéfique de la conversation est l’acquisition d’usage et les connaissances culturelles.

Tous les livres du monde ne remplaceront pas un échange réel qui permet d’apprendre des expressions locales, les variations d’intonations, l’usage des expressions et du discours (soutenu, familier) selon les circonstances.

Ce type d’acquisition vient avec le temps. En immersion vous pourriez rapidement vous adapter à votre environnement en vous “calquant” sur les langage de vos amis, collègues ou colocataires. Lors d’une conversation programmée, sans immersion, il est bon de prévoir des conversations avec plusieurs personnes, mais de régulièrement leur parler (plutôt que de changer à chaque fois).

 

Vous l’aurez compris, la conversation n’a que du bon!

Au début, vous aurez peut-être peur de vous lancer et selon votre niveau, vous ne saurez pas trop quoi dire. Vous aurez peur de tourner en rond par manque de vocabulaire. Pas de panique! Ce n’est pas une raison de ne pas s’y mettre. Dans ce cas, prévoyez une conversation plus courte et informez votre interlocuteur de votre niveau. Ce sera à lui/elle de relancer la conversation par des questions ouvertes, et de vous mettre à l’aise bien sûr!

 

Vous avez essayé? Comment ça s’est passé? Dites nous tout en commentaires 🙂

 


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3 Comments

  • Gilles (Japonais Naturel)

    Bonjour Séverine,

    Je découvre ton site grâce au commentaire que tu as laissé sur mon dernier article !

    Je me doutais que nous avions des points communs mais j’étais en dessous de la réalité !

    Je retrouve dans tes articles tout ce que j’essaie humblement de mettre dans les miens, le plaisir d’apprendre et le désir de transmettre !

    Stephen Krashen avec ses hypothèses et David Kolb avec ses styles d’apprentissage sont probablement les personnes qui ont eu la plus grosse influence sur ma façon de voir et d’apprendre une langue étrangère.

    Avec Stephen Krashen, j’ai compris pourquoi il fallait le plus tôt possible commencer à parler dans une langue étrangère pour progresser plus rapidement et avec David Kolb, pourquoi j’avais autant de mal à comprendre ce qu’on m’enseignait à l’école (les professeurs enseignent dans leur propre style d’apprentissage qui n’est pas le mien).

    On pense généralement quand on veut apprendre une langue étrangère qu’il faut commencer par l’écrit puis passer par l’oral.

    Pourtant, nous sommes tous l’exemple même que c’est par l’oral d’abord que nous avons appris notre langue.

    C’est vrai que c’est impressionnant au début de commencer à parler avec une personne native.

    On se dit qu’on ne connait rien, qu’on va se retrouver bloqué en 2 minutes et ce n’est pas un sentiment agréable.

    Mais comme tu le dis, tout ça se prépare !

    Il suffit juste de prévenir la personne avec qui on échange de son niveau et d’apprendre 2 ou 3 questions qu’on lui posera en montrant une revue avec des photos, un paysage ou un dessin.

    Peu importe que ça ne dure que 5 ou 10 minutes !

    L’important, c’est de se lancer et de se tromper !

    C’est comme ça qu’on apprend et qu’on retient !

    On n’apprend pas à parler sans parler et si on attend d’être prêt on ne parlera jamais !

    Encore bravo pour ton site Séverine !

    • Severine

      Wow! Quel beau commentaire! Merci Gilles ça me touche beaucoup.
      J’ai dans un coin de la tête l’envie d’écrire un article sur parler une langue sans l’écrire. Comme tu le dis justement, nous somme tous la preuve que ça marche dans ce sens et pas k’inverse. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps sur l’échelle de l’humanité, il y avait encore beaucoup d’analphabètes. Pour autant, ils étaient tout à fait capables de parler.
      Mais en discutant avec une copine qui apprend le khmer en vivant au Cambodge, je dois nuancer ça car elle a cru pouvoir se débrouiller sans l’écriture, pour finalement réaliser que l’écriture apportait de la précision à sa prononciation.
      Donc sujet super intéressant mais en cours de réflection 🙂

      Je suis sûre qu’on aura encore des tas d’occasions d’échanger, voire d’écrire ensemble.
      Merci encore pour ton commentaire si positif!

  • Gilles (Japonais Naturel)

    Séverine,

    Par rapport au khmer et d’une manière générale aux langues non alphabétiques, beaucoup de personnes qui commencent par l’écriture “s’épuisent” au fil du temps et abandonnent.

    L’avantage de commencer par l’oral, c’est que la communication (à condition de voir les visages) permet de comprendre petit à petit la grammaire “automatiquement” et un certain nombre d’autres choses (à condition de pouvoir voir le visage et la personne) qui ne transparaissent pas à l’écrit.

    C’est juste ce qu’il faut pour “amorcer la pompe” de la motivation et donner un cadre minimal de compréhension sur lequel viendra s’appuyer l’apprenant lorsqu’il démarrera en parallèle l’écriture.

    Sur ce, je retourne voir ton article sur ton défi !

    Le mien se termine dans un peu moins de 2 mois (lire des essais contemporains, des magazines et le journal en japonais).

    C’est pas facile mais l’objectif est tellement motivant et c’est tellement intéressant que c’est un plaisir de s’y mettre tous les jours !

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